Certains d'entre vous avaient peut-être participé à la pétition
"Arrêtez de tuer les jeux vidéo / Stop Killing Games" (je l'avais fait). Une pétition sur le site de la commission européenne, pour alerter sur le fait que que plus en plus de jeux deviennent injouables selon le bon vouloir des éditeurs, alors que le consommateur a payé légalement sa copie. L'un des exemples les plus représentatifs étant le jeu
The Crew, dépendant des serveurs d'Ubisoft et qui est, depuis sa fermeture 10 ans après sa sortie, totalement injouable même avec une copie physique payée plein pot dans les mains (sur PC cependant, des coddeurs sont arrivés à recréer une version à peu près viable, depuis septembre 2025), mais on a une belle palanquée d'autres titres touchés (comme
Mirror's Edge Catalyst).
L'initiative est entre autres née également de cette célèbre sortie
du responsable des abonnements chez Ubisoft signalant aux joueurs qu'ils doivent s'habituer à ne pas posséder leurs jeux, juste à avoir une licence pour y jouer un temps donné.
L'initiative visait à réclamer des moyens de forcer les éditeurs à permettre que le consommateur continue à avoir accès au produit légalement acheté, même quand il était considéré comme "fin de service" (finalement un peu la logique du domaine public pour les autres médias culturels) : mise à disposition gratuite, solution pour interdire les connexions internet obligatoires (qui sont LE gros problème) pour les jeux n'en ayant pas foncièrement besoin etc, en posant un cadre législatif encadrant le système...
1.3 millions de personnes ont signé la pétition (et il n'était pas trop possible de faire du double vote), ce qui lui a permis d'être débattue par la Commission Européenne cette semaine.
Eh bien, TRES étrangement,
alors que les députés européens semblent majoritairement favorables à l'initiative durant les débats...
Ils viennent de conclure dans leur rapport qu'il n'y a aucun problème actuellement, et qu'ils ne peuvent rien faire car ça irait contre les droits de la propriété intellectuelle en vigueur en Europe, qui garantit à leurs propriétaires une jouissance et un contrôle total de leurs productions. Et ils considèrent que l'accord de licence que les jeux vous font signer dorénavant au lancement de partie (vous savez, le truc obligatoire à approuver sinon vous ne pouvez pas jouer au jeu que vous venez d'acheter) suffit à engager l'éditeur et le joueur, et qu'on n'a rien à redire à ça. Le seul truc qu'ils souhaitent, c'est que si le jeu n'est pas conforme à cet accord, les consommateurs puissent demander au moins un remboursement partiel, mais ça doit venir d'eux et ils doivent se démerder tout seuls avec l'éditeur concerné. Genre, le meixu à leurs yeux serait que le contrat à signer stipule clairement la durée de vie du jeu, et pour eux, problème réglé voyons ! Mais attention, ils encourageront des réunions représentants de joueurs / d'éditeurs à l'avenir pour une meilleure compréhension, promis, bisous.
En gros, c'est un énorme "F*ck", qui plus est, incohérent dans leurs arguments. Si la propriété intellectuelle garantit que le producteur du bien a le droit d'empêcher le consommateur d'en profiter quand il l'estime terminé... Pourquoi les DVD et Blu-Rays de films ne deviennent pas injouables quand ils ne sont plus produits ? Pourquoi on ne mettrait pas au pilori tous les livres écrits par un auteur, quand son contrat est rompu avec sa maison d'édition ou qu'il décide de renier une oeuvre ? Ou comme le disait un commentateur, pourquoi une table IKEA ne s'autodétruit pas quand elle n'est plus produite par la firme ? Pourquoi les voitures plus produites par les constructeurs automobiles continuent d'avoir des pièces et l'entretien possibles pendant plusieurs années sur des modèles ou des versions plus produites ? Pourquoi on oblige dorénavant les constructeurs d'appareils d'électroménagers à avoir un indice de réparabilité (si possible sur 10 ans), puisqu'après tout, ils auraient le droit de dire qu'ils n'ont rien à faire au bout d'un certain temps s'ils préviennent les consommateurs qui achètent leurs appareils, c'est bien ça la logique ?
Comme le pointent de très nombreux commentateurs, la présence d'Ubisoft à cette commission européenne a été très remarquée, et il est très probable qu'ils aient fait beaucoup de lobbying pour qu'elle aille dans leur sens, étant un des éditeurs avec le plus d'intérêt dans ce sens. Sans doute que d'autres éditeurs, en sous-marin, ont également agi... Ca se déchaîne contre eux sur les réseaux sociaux (à juste titre pour une fois) mais je pense sincèrement qu'ils étaient juste ceux les plus visibles...
Comme le dit un commentateur : "Puisque acheter un jeu n'est pas le posséder, c'est donc que le pirater n'est pas le voler"... Ca résume très bien le sentiment de dégoût et de colère que ressentent tous ceux qui ont participé à l'initiative.

L'EU est vraiment une vaste blague qui nous coûte un pognon de dingues et ne va jamais dans le sens le plus juste des consommateurs...